Je bois à nos amours infirmes
 
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 Can you hear the rumble that’s calling?

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Louisa von Zerstörung
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MessageSujet: Can you hear the rumble that’s calling?   Dim 18 Oct - 22:53

Soundtrack :


Il y a des matinées où il est la première personne qui surgit dans mon esprit, à l'instant même où j'ouvre les paupières. Il y a des jours où j'erre sans savoir où me mèneront mes pas... et il ne quitte pas mes pensées. Et puis après, pendant deux jours, trois semaines, quelques mois... je l'oublie. J'avance dans la vie en oubliant les cicatrices qui parsèment mon cœur et mon corps. Parfois, je me trouve devant le miroir et je me retourne pour voir si les marques sont encore là. S'il y a encore ce "V" et ce "F" que je déteste tellement... mais que j'ai appris à apprivoiser comme faisant partie de moi.

Les gens croisent mon chemin, occupent mes songes pendant un temps donné, mais il revient toujours. Son teint blafard. Les cernes qui creusent son visage. L'absence totale de sourire sur son visage. Et puis il y a ses mains. Ses longs doigts faméliques qui, il y a quelques années, dessinaient doucement les courbes de ma poitrine. Et les mèches de cheveux noirs qui tombaient devant ses yeux si sombres. Et son torse sec qui, quand il était plaqué contre ma chair, m'enflammait plus que tout.

Une logique? Il n'y en a pas. Je le hais. Je le hais plus que tout. Il a fait de moi sa poupée de chiffon. Il a détruit mon intimité en repeignant ses parois d'une teinte rougeâtre, à coup d'Opinel. Rien que pour ça... Il mériterait la mort, le trépas, que j'étrangle son cou maigre de mes doigts, quitte à perdre mes ongles dans la bataille.

Des fois, je me réveille et je ne suis même plus capable de dire quelle année nous sommes. J'ai mal tout le temps, il y a une douleur lancinante dans ma tête et mon âme qui ne part jamais. Mais j'ai un peu moins peur qu'avant. Je me dis que j'ai vécu le pire. L'humiliation, la douleur, la solitude, à un niveau si élevé que plus rien n'arrivera à me faire mal. Ou du moins je m'en convaincs. Mais j'arrive à tenir de la sorte. Peut être que je marche de la pointe des pieds sur un maigre fil prêt à rompre... mais tant pis.

Je ne sais pas vraiment comment j'ai fini au Japon. J'étais lassée de l'Angleterre. Les pubs me plaisaient, les poitrines offertes des locales me faisaient rire : j'avais développé une capacité étrange à être attirée par les femmes, qui, au final, me faisaient bien moins peur que les hommes. Il suffisait de les agripper par la crinière pour qu'elles arrêtent de chouiner ou de t'emmerder. Pour les autres, il faut dire que les couilles sont un brin moins accessibles, hein. Tout ça pour dire que j'aimais bien le Royaume-Uni, mais l'idée de vivre dans un éternel automne où seul le Earl Grey réussissait à me réchauffer était un brin déprimante. J'avais pas mal arpenté le pays, après avoir quitté le Royaume. Ah, maintenant qu'on en parle.... J'étais restée quelques temps là bas. Mais il y avait une lourde pénurie d'esclaves. Lane s'était barré avec sa donzelle, j'avais navigué d'un maître à un autre, trouvant toujours moyen de faillir à leur attention pour crapahuter ailleurs. Au bout d'un moment, les teneurs du château avaient craqué : que la Catin se balade où elle veuille. Même au milieu des cachots, elle trouvait moyen de blaguer avec les fantômes ou de se taper des mecs bizarres. Bref. J'ai eu droits à mes propres appartements pendant quelques temps, rencontrant même un vampire un brin barge du nom de Blake qui me donnait quelques cours d'anatomie. Paraîtrait qu'outre sa solide réputation du Boucher de Boston, du Saigneur de Vierges ou autres appellations dignes des meilleurs films d'horreur des années 70, le Monsieur aurait officié en tant qu'assistant d'un chirurgien véreux, et en avait profité pour apprendre beaucoup de choses sur l'intérieur du corps humain. J'avais donc profité de cette opportunité en or pour tailler une bavette avec Sir Conaghan, prendre ENFIN de vrais cours de médecine dont je rêvais depuis longtemps, et disserter toute la journée dans sa chambre en buvant du vin rouge. Il avait beau être apparemment très vilain avec les humaines, il avait néanmoins eu la décence de mettre une bouteille au frais pour son invité, gardant le sang pour son propre verre. Bref.

J'eu donc le temps d'arpenter les ruelles sombres de Londres, de Cardiff, même celles de Glasgow après recommandation du Caïnite cité plus tôt. Il était clair que ces terres me parlaient, me plaisaient. J'y avais mes racines, mes souvenirs. Mais quelque chose me disait de fuir. Après quelques réflexions... je me retrouvais dans un avion en direction de Tokyo. J'avais raté le coche et me dirigeait vers l'Asie au début du mois d'octobre. Plus de cerisiers en fleurs, probablement peu de geishas dans les temples. Je sortais néanmoins de l'aéroport avec un agréable sentiment de renouveau. Une brise fraîche caressa mon visage, faisant voler mes cheveux longs dans le vent. Je fermais les yeux, et inspirait une bouffée d'air frais, moins vicié que celui auquel je m'étais habitué.

Je commençais mon voyage dans la capitale même, me délectant d'okonomiyaki, passant du temps dans les onsen et profitant de la douce quiétude des parcs. Les Japonaises m'observaient beaucoup, réclamant des photos. Bien que leur poses kawaii avaient tendance à m'énerver plus qu'autre chose, je me pliais silencieusement à l'exercice et retournait vite à mes lectures et mes songes. Bien heureusement, les hommes m'approchaient peu quand le soleil était encore levé. Par contre, quand on approchait des heures de sortie des bureaux, il n'était pas rare qu'un ivrogne entoure mon épaule de son bras, une bouteille de shoju à la main, me priant de l'accompagner boire et chanter au karaoke. Quand je ne refusais pas poliment, je me contentais d'une petite clé de bras. Je n'y connaissais rien, mais alors absolument rien en arts martiaux, mais ça les impressionnait toujours, et surtout, ça les calmait. Même quand je me loupais. Les locales n'avaient pas beaucoup tendance à réagir, et je haïssais le contact physique avec des inconnus. J'avais appris à me débrouiller.

Mais un soir, la solitude me rattrapa en pleine face. Bien salement. Et je ne trouvais rien de mieux que d'aller dans un bar, justement. J'avais passé trop d'heures seules à penser à Lui. A me demander où il était, si lui et ses spectres m'avaient oublié, ou si une autre Gourgandine avait pris ma place. Il fallait que je m'enfui quelques heures, et l'idée de me retrouver dans une masse anonyme me plut immédiatement. Je sortis de ma torpeur, glissait hors de mon lit. L'horloge m'indiqua qu'il était vingt heures passées. Juste à temps pour profiter de la nuit qui s'éveille.

J'enfilais des sous-vêtements noirs, à mon habitude. Un haut à manches longues de la même couleur. Je laissais la caresse satinée d'une paire de bas effleurer mes jambes alors que je les enfilais doucement, prenant soin à ne pas les déchirer avec mes ongles. Une jupe en cuir s'arrêtant à mi cuisses. J'allai récupérer une paire de bottines en cuir, avec un talon de hauteur moyenne, le bon compromis entre de la prestance et la possibilité de courir si l'envie me prenait. Je les enfilais rapidement, puis récupérais mon serre-taille favori. Me contorsionnant un brin, je le resserrais, en tirant ses fines cordes, mettant en valeur ma poitrine. Puis je me glissais dans ma veste en frissonnant. Un regard jeté dans le miroir confirma mes pensées. Je ressemblais à une ombre. Mon teint était pâle, mes vêtements sombres... il n'y avait que ma bouche qui donnait un brin de couleur au tableau. Et j'en profitais pour accentuer sa teinte carmine d'un coup de rouge à lèvres, et claquait la porte derrière moi.

J'arpentais les rues de Kabukicho d'un pas lent, jetant des coups d’œil aux néons agressifs des devantures des bars. Le quartier est qualifié de "chaud" par les locaux, mais je m'y sentais presque chez moi. Je retrouvais peu à peu l'atmosphère lourde, presque gênante que j'avais tant aimé dans le Royaume. Poussant au hasard la porte d'un de ces établissements glauques où les chairs s'affichent autant que les langues pendantes, je finis vite assise au bar, ma veste ouverte pour profiter de la chaleur retrouvée. Les jambes croisées, je laissait glisser dans ma gorge les premières gorgées d'un Bloody Mary, et pousse un soupir de soulagement en sentant l'alcool brûler mon œsophage. Ça fait du bien. Je me sens déjà plus vivante. Lasse, je jette des regards autour de moi. "Peut être qu'il est là", murmurais-je à moi même, en sachant parfaitement qu'il est probablement retourné vers des terres encore plus glacées et mortes que son âme de vampire. Sort de ta torpeur et vient m'affronter. Lève la tête et croise mon regard. J'ai envie de t'ôter la vie comme tu l'as fais pour moi, il y a presque dix ans de cela.

" - Tu as l'air de chercher quelqu'un, Gaijin. " susurre une voix mielleuse, à ma droite.

Je tourne ma tête en direction de l'inconnu. C'est un homme japonais, d'une quarantaine d'années. Il est accoudé au bar, assis lui aussi sur une chaise haute. Il porte un blouson en cuir beige qui a connu de meilleurs jours. Ses cheveux noirs sont un peu gras, coiffés sur le côté, et ses ongles sont noirs de saleté. Le type de personne qui a raté sa vie et sombre dans l'alcool. Pourtant, il m'a parlé dans un anglais impeccable. Ses yeux me sondent sans ciller. Et quand ils se détournent des miens, c'est pour fixer mon cou, l'espace d'une seconde. Un large sourire naît sur son visage. Une incisive manque à l'appel. Il a le sourire édenté et crasseux d'un alcoolique... et des canines plus pointues que celles de mes semblables. Un vampire.

" - J'ai entendu parler de toi. On dit que tu as échappé à la mort que t'offrais le roi des timbrés... "

Un petit rire raisonne dans sa gorge. J'avale ma salive et baisse la tête sans dire mot.

" - La pute aux lèvres de sang. C'est comme ça qu'ils t'appellent. Parce que tu sens le fer, jusqu'entre tes cuisses."

Je ferme les yeux. Derrière mes paupières se dessinent les souvenirs, la douleur. Le passé.

" - La Catin et le Fou. Joli jeu d'échiquier, ma foi! C'est tellement ridicule, on nous a offert l’Éternité, c'est un don, une claque à la face des mortels! Et il est là à déambuler, avec toutes ses stupides névroses et ses soit-disant fantômes... Fabulations! Comment s'appelle-t-il, déjà, ce déchet ambulant? C'était pas Ver...."

C'en était trop. D'un bond, je sautais de ma chaise et fonçait sur lui en m’agrippant aux pans de sa veste. Sous la surprise, le vampire tombe en arrière, son dos butant contre le sol dans un bruit sourd. J'enjambe son corps glacé et m'assieds à califourchon sur son ventre, mes poings saisissant son visage sale. Des cris résonnent dans le bar, des hurlements féminins des serveuses qui laissent tomber les consommations des clients dans un fracas de verre brisé. Mes pouces trouvent ses yeux et s'y enfoncent, alors que je m'avance vers lui et hurle :

" - Ne parle pas comme ça de lui! ", j'ajoute alors, en séparant bien distinctement chaque syllabe: " Les immondices de ta sorte ne méritent pas de prononcer son prénom! "

Un flot de sang jailli sur mon visage et éclabousse ma peau diaphane. Je jette mes cheveux en arrière et réprime un grognement de satisfaction et de colère. L'hémoglobine se faufile sous mes ongles et coule le long de ma joue. Je me lève, remonte le col de ma veste et ébauche un pas vers la sortie, laissant l'homme derrière moi, sans y jeter le moindre regard. Alors que je m'apprête à pousser la porte du bar, un petit rire tinte et brise le silence.

" - S'il te manque tellement, va te balader du côté d'Aokigahara. La mer d'arbres aurait de nouveaux visiteurs, apparemment, et ils pourraient bien être à ton goût. "

C'est sur l'image d'un semi-cadavre souriant, aux globules oculaires béants, à demi relevés sur ses coudes dans une mare de sang, que je quitte les quartiers de Kabukicho.

La route n'est pas particulièrement longue jusqu'au mont Fuji. Une centaines de kilomètres, à vol d'oiseau. La mine déconfite du chauffeur de taxi quand il eut vent de ma destination éveilla ma curiosité. Le parking face à la forêt confirma mes pensées. L'endroit avait une aura oppressante, étouffante. J'ouvris la portière de la voiture et jetait un regard vers les arbres blafards qui s'offraient à moi. Le conducteur se hâta de murmurer quelques paroles avant que je claque la porte. Il était affaire de son numéro de téléphone en cas de problème, qu'il fallait que je reconsidère l'idée de suicide, blablabla. Je m'éloignais rapidement, comme happée par les lieux. Il fallait que je rentre dans cette forêt. Que je m'enfonce dans ses bras, entre ses branches. Vite.

Il y avait un message préventif à l'entrée, au niveau du chemin principal. Quelque chose comme "si vous avez besoin d'aide, appelez ce numéro. La vie vaut le coup d'être vécue, pensez à votre famille." Foutaises. Il n'y avait plus personne autours de moi, dans mes pensées, à part ce fantôme, cet ectoplasme qui hantait mes souvenirs. Le reste m'importait peu. C'est avec un sourire que je m'éloignais du sentier et soulevait un ruban de sécurité d'une couleur jaune criarde. Je vais m'enfoncer entre ces arbres. Juste un peu. Et il n'y aura personne pour me sauver. Si je reste suffisamment longtemps assise contre ce chêne, si mes yeux se ferment, peut être que je verrais son visage. Peut être qu'il me reviendra. Veragän...
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Veragän Funéra

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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Sam 7 Nov - 0:02

"Pourquoi souris-tu, Onibi ?"

Elle se tient droite et transpire une noblesse perdue. Elle a la gorge fine, longue, élégante, à faire pâlir les nichées de grues cendrées qui viennent danser dans les plaines d'Hokkaido, sous la neige. Sa lourde coiffe, piquetée d'épingles acérées, de rubans et de perles, agraphée de grappes de fleurs, semble un lourd fardeau. Ses lèvres peintes d'un rouge cerise laissent parfois échapper une complainte tissée de notes lentes et aiguës. Une inquiétante mélopée qui s'élève au plus noir de la nuit, sans offrir nulle trace de sa cantatrice. Dans le palais ouralien des Illusionnistes, la horde des disciples s'est scindée en deux parties : Ceux qui hurlent à un mauvais tour de Syhia, ancienne geisha et favorite de Carigän Funéra, Roi des Illusionnistes... et ceux qui se contentent d'avoir peur. Quoiqu'il en soit, fait est que la mystérieuse vocaliste japonaise fait parler d'elle...

"Tu n'es pas très causant, Onibi."

La favorite de Carigän nie formellement tout rapport avec les macabres chansons qui résonnent dans les corridors désertés. Mais c'est une femme de nature retorse et peu lui accordent crédit. Le forfait lui est trop aisément imputable. Le peuple illusionniste s'est néanmoins questionné quand Veragän Funéra, prince illusionniste, a apporté publiquement son soutien à la geisha huée... sans fournir de raisons. Jamais.

"Onibi... Je sais que tu me vois. Je Sens que tu me vois. S'il te plaît... ne m'ignore pas... C'est si douloureux, d'être ignorée... c'est si triste... de chanter dans la nuit, sans personne... toute seule..."

Elle porte un masque blanc, composé d'un épais fard huileux qui fleure le plomb et le camphre. Toutefois, les stries de ses larmes sabrent sans merci la perfection de son maquillage. Ses larmes ont emporté un peu du charbon qui ombrait délicieusement ses paupières. Elle pleurait, lorsqu'elle s'est donnée la mort, il y a bien longtemps, sans s'imaginer qu'elle condamnait son fantôme à porter à jamais cette peinture informe et dégoulinante, qui rend son visage machiavélique, grimacier, plongeant ses traits dans une hystérie mortifère à faire claquer comme maracas bien des os. Heureusement qu'elle avait réhaussé son plus beau kimono, de soie noire, brodée de motifs floraux et de silhouettes allongées d'échassiers.

"Onibi... Est-ce que je t'ai contrarié ? Nos conversations me manquent. T'ai-je fait du mal ? Je regrette tellement..."

Il n'y a qu'à lui qu'elle vient se présenter, sortant de son carcan de légendes. Elle l'appelle Onibi, comme le folklore japonais décrit les esprits qui se lèvent des cadavres humains. Onibi daigne enfin lui offrir son visage.

"Non, tu ne m'as... pas... Offensé. Je regrette. Moi aussi... Je regrette."
"Pourquoi ?"
"Si Carigän m'entend... Discuter. Avec toi. Il ne me fera pas sortir... d'Ici. Il ne... croit pas. En toi. Même à travers moi. Il y a des singes. Qui s'occupent de lui mentir, de lui raconter la réalité comme quelque chose de lisse, de plat, dépourvus de... fantômes et d'abîmes. Il croit... que le vent qui hurle, n'est que du vent qui hurle. Il doute, parfois... mais il faudrait que je sois... là, pour lui expliquer... Mais quand je lui explique..."
"Il t'enferme... Pauvre Onibi."
"Oui. Alors tais-toi. Taisons-nous. Tous les deux."

Un silence se fait, dans la cellule capitonée. Assis dans un recoin, nageant dans des oripeaux qui laissent à deviner de son squelette les clavicules prononcées, les vertèbres de sa colonne qui épousent des angles fractureux, l'acromion de son épaule raide comme une potence, les osselets de ses phalanges qui pianotent le sol avec une telle patience qu'il dévorerait sans réfléchir la première âme à venir le secourir... il attend, que l'unique porte s'ouvre. Hormis Carigän, les gardes chargés de sa surveillance rapprochée ne s'aventurent pas plus loin qu'une oeillade jetée dans la lucarne de la porte. A ce titre, il s'est tapi dans un angle mort, attendant que la curiosité ou l'inquiétude ait raison d'eux, attendant que les gonds grincent. Au milieu de la geôle, la geisha fantôme, dont chaque mouvement semble fait d'une eau laiteuse, d'une faveur ébauchée par la brume elle-même, s'approche de lui. Elle s'agenouille, et le tombant de son kimono balaie sans bruit le sol, maculé du sang des condamnés qu'on lui jette en pâture. Ses lèvres peintes se fendent d'un minuscule sourire. D'une main, elle décroche une pique de son chignon qu'elle glisse discrètement entre ses mains.

"Je vais t'aider à sortir, Onibi. Mais..."
"Mais ?"
"Cela nécessitera un peu de Sang."
"Mon Frère ?"
"Non... Bien sûr que non. Les Autres."

Un fin sourire s'allume sur les lèvres émaciées de Veragän Funéra. Sur ses traits coupés à la hache, des écailles de sang coagulé subsistent des plus récents carnages... lui donnant l'air d'un reptile sorti de sa mue écarlate.

La nuit suivante, le palais Illusionniste sombra dans le cauchemar d'une nuit sans fin.
On retrouva, plantée au beau milieu du front du chef de la garde, avec une précision géométrique digne du Diable, une pique d'ivoire savamment sculptée. Le prince Illusionniste avait disparu, laissant dans son sillage le royaume assailli de brouillards fiévreux, des chairs malades, des lèpres mentales propres à détruire les esprits les plus froids, de particules cadavériques invisibles nimbant d'auras verdoyantes les plus infimes lumières, laissant derrière lui un croissant de lune hilare et un paysage organique semé de monstres et d'homoncules hurleurs. Le prince Illusionniste était parti. Yurai lui avait promis un cadeau, quelque part dans les forêts insulaires du Soleil Levant.
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Louisa von Zerstörung
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Lun 28 Mar - 23:03

Ce qu'il y avait d'étrange dans cette forêt, c'est qu'elle était totalement silencieuse. Exempte de tout signe de vie. Pas de chants d'oiseaux, c'était à peine si on entendait le vent souffler entre les branches des arbres. Cela conférait à Aokigahara une atmosphère étrange : ça aurait presque était agréable, s'il n'y avait pas cette aura morbide qui flottait dans l'air. Je levais la tête, et remarquait qu'il était même impossible de voir la couleur du ciel. La nuit tomberait sûrement plus vite que prévu, mais quelque chose me disait de rester la. La brume qui dansait près des rochers me faisait sourire, me rappelant ses fantômes. Si j'avais su comment notre histoire se serait terminée, me serais-je vraiment aventuré à jouer la catin, ou serais-je partie sans demander mon reste? Est-ce que j'aurai baissé la tête et décidé de m'éclipser, ou est-ce que j'aurai quand même arboré un grand sourire et ouvert mes bras à la Faucheuse? J'aurai du m'en douter, avec son teint de fantôme et ses menaces. J'aurai du écouter la voix qui me disait "I don't find you this interesting". Mais le danger m'a toujours attiré. Et je pouvais Les entendre ricaner quand la vie s'enfuyait de moi. Je Les voyais danser et chanter. This is my design, this is our design.

La tête confortablement placée contre le tronc de l'arbre, je sentais mes paupières s'alourdirent. Le voyage m'avait épuisé. Il n'est pas bien tard, rien n'arrivera si je m'assoupis un peu. Dans le pire des cas, des randonneurs essayeront de me réveiller... Et les suicidés passeront leurs chemins, me prenant pour une des leurs. Je suis tout prêt du sentier principal. Rien ne peux m'arriver.

~~...~~

Ses doigts glissent le long de ma cheville et frôlent le nylon sombre de mes bas. La caresse me sort doucement de mon sommeil, mais, encore engourdie dans les bras de Morphée, je n'ouvre pas les yeux. Mes sens se concentrent sur sa présence, qui remonte et ondule le long de mes cuisses, remontant doucement les pans en cuir de ma jupe. Il y a de la force dans son geste, et j'ébauche un sourire. Je savais qu'il viendrait, qu'il n'y aurait qu'à attendre. Il frôle mon ventre, effleure ma poitrine. Pourquoi est-il si chaud, soudainement? Comment peut-il enlacer mes chevilles et agripper mes reins d'une même poigne? Pourquoi sa caresse devient-elle brûlante alors qu'il est d'habitude glacé comme la mort?

J'ouvre alors les yeux. Le serpent croise mon regard, et continue son chemin. Quelques secondes s'écoulent, un instant de trop, où je cherche à comprendre comment il est arrivé là, et l'animal remonte, dans toute sa longueur, approchant mon cou et enlaçant ma gorge. Il s'enroule, et serre, serre, serre encore... Mes doigts agrippent la bête, tirent en arrière pour l'éloigner, pour que je retrouve de l'air... Mais il me maintient, serrant ma jambe droite et s'enroulant encore une fois autour de ma trachée. Mes ongles s'enfoncent dans sa chair, et le python tressaille, baisse sa garde. Une goulée d'oxygène s'immisce dans mes poumons et me fait l'effet d'un shoot d'adrénaline. Blessé, l'animal siffle et relâche enfin son emprise... J'en profite pour le prendre à pleines mains et le jeter au loin dans un cri, battant le sol de mes talons pour le pousser. Je reprends hâtivement mon souffle, reculant contre l'arbre derrière moi pour retrouver un semblant de stabilité. Instinctivement, mes paumes tâtent ma gorge. Mes bas se sont déchirés dans la lutte, et une empreinte rougeâtre marque mes chevilles, comme des cordes de chanvre après s'être donné aux mains d'un maître Shibari. Un rire résonne dans la Mer d'Arbres, et je sais que c'est Lui, qu'il se moque de moi. Mais cette fois ci, je ne me laisserai pas faire...

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Cadeau bonus ! Smile

(et en plus la fille s'appelle Sarah. J'ai ri.)
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Veragän Funéra

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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Sam 2 Sep - 21:07

Fantôme persifleur. Depuis quelques nuits, l'illusionniste rôde entre les troncs noirs et filiformes, baignés de lumière bleuâtre, de la forêt aux pendus. Yurai le guide dans les secrets et les mystères, qui ont l'art d'hypnotiser et de pousser à l'irrémédiable les âmes dolentes. Des spectres, partout autour de lui, qui prêtent successivement allégeance au petit Prince des fièvres moribondes. Un royaume sylvestre monochrome, ou les troncs raturent l'espace-temps, hostiles comme une armada d'arides baïonnettes. Quand le jour se lève, Veragän Funéra disparaît sous les couches d'humus odoriférant, sous les noeuds des racines, sous la terre noire, sous des strates d'alluvions et de feuilles poussiéreuse, sous ces mêmes insectes qui rognent la chair de ces corps qui tombent, une fois la corde rompue, à la chair chlorotique.

Il l'attend.
Il attend son cadeau. Le cadeau de Yuraï.

Et dès l'instant où elle hasarde un pas dans ce sanctuaire maudit aux coupoles arborescentes, il le Sent. Dans sa chair, dans la moelle inerte de ses os de pantins. Il le sait, dans le frisson de sa psyché, dans la palpitation absente de son myocarde exsangue. La gourgandine. Toujours affublée de cuir, de ses jambes blanches et de ses lèvres couleur de mûres. La gourgandine qui joue avec le feu, qui joue avec la mort, qui s'invite au Pays des Sortilèges. Elle s'est endormie au pied d'un érable dont les feuilles automnales semblent surins ensanglantées. Et lui l'observe, en embuscade dans les ombres mouchetées des frondaisons, perché tel le chat de Chester. Il se gorge du silence sépulcral qui empoisse l'atmosphère, il s'abreuve de la vision épanouie et abandonnée qu'elle lui offre malgré elle. A son corps défendant. Son corps charnu. Vestale luciférienne. Il l'observe, aux prises avec ce reptile nonchalant, prompt à lui enserrer la gorge. Il l'observe gesticuler, pleine de vie, et entend d'ici les psalmodies étouffés du sang chuintant qui coule dans ses veines.

Assis sur une branche à la manière d'un enfant sauvage, d'une immobilité à se fondre dans l'écorce, noire dans la nuit, l'Illusionniste ne dit mot. De sa gorge caverneuse finissent par résonner quelques éclats gutturaux, et alors seulement Louisa von Zerstörung lève la tête vers les nuées. Vers lui. Leurs quatre yeux se retrouvent après une petite éternité, aux antipodes du manoir où leurs routes se sont croisées pour la première fois. Veragän laisse sa tête balancer lugubrement pour mieux la dévisager, à l'instar d'un hibou maléfique. Ses cervicales craquent plus terriblement que les phalanges d'un spadassin.

"Toujours à braver la Mort... La Catin... A la séduire. Qu'est ce qui te plaît... chez elle ?" Articule t-il de sa voix monocorde, qui semblent une vibration d'outre-monde.
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Louisa von Zerstörung
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Sam 2 Sep - 21:46

A peine la Bête Ondulante a-t-elle cessé de me frôler, qu'une voix venue d'outre-tombe vient chatouiller le silence glacé de la nuit naissante. Je pourrais le reconnaître entre milles, ce petit rictus malfaisant. Ce ricanement ghoulesque. Ce son froid, sale, diabolique.

Le chant du Macchabé.

Je lève ma tête et croise ses globes vides. Ma gorge se serre, ma poitrine se soulève. Mon cauchemar est revenu. Et Dieu seul sait combien d'années j'ai attendu qu'il vienne, encore, fluctuer entre mes rêves. Combien de nuits insomniaques j'ai passé seule, la brise nocturne comme seule caresse sur ma chair. Et il est là. Perché sur un arbre défunt par sa présence.

"J'aime son odeur.", je murmure. "Celle du souffre et de la sueur."

Avec la prestance d'une Gourgandine, je parcours ses traits, aussi secs que dans mes souvenirs. Sa chair est cadavérique, son souffle faible. Comment les articulations d'un ectoplasme peuvent-elles craquer? On dirait une branche morte écrasée par les bottes d'un fantassin. J'aime ses mèches raides qui tombent le long de ses joues creuses. J'aime sa posture d'Empereur des Ténèbres. J'aime sa peau blafarde devinée sous les déchirures de ses vêtements.

Les souvenirs ne me sautent pas au visage, car ils dansent autours de lui tels des volutes de fumées toxiques. L'humidité des geôles perlent de ça et la de son front. Les lueurs blafardes des chandelles de mon appartement scintillent dans ses yeux fauves. La chaleur satinée des draps palpite dans sa gorge. Et le sang, toujours le sang. Il danse, valse, bout juste que dans le bout de ses phalanges.

"Et toi? Comment as-tu fais pour me retrouver aussi vite? C'est à peine si j'ai eu le temps de finir mon verre de saké, que déjà te voilà dans les parages."

Un petit rire s'échappe. Il est comme une ombre. Toujours là, même quand on le pense enterré. Je jette un regard vers le ciel. Les maigres branches des arbres laisse transparaître un faible rayon de lune. Les cadavres peuvent-ils brûler et réchauffer les survivants, ou la graisse jaunâtre fait-elle fondre les pierres de l'âtre?
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Veragän Funéra

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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Sam 2 Sep - 22:11

Provocatrice, comme à l'accoutumée. Elle incarne l'avilissant. Elle symbolise l'infime germe qui inocule le vice dans la chair blanche, qui souffle la déréliction, qui écartèle l'esprit, qui joue avec la raison. Elle représente tout ce qu'il dément, tout ce qu'il décrit. Elle est la perversion masquée, le poison fait femme, la tentation déguisée, dérobée sous ces traits angéliques qu'elle rehausse de khôl et de fards. Elle est tout ce qu'il déteste, chez un homme, chez une femme. Chez un mortel. Elle est le point de convergence de trop de faiblesses. Elle est allumeuse d'incendies, semeuse d'hérésies. Elle bat des cils, et le monde tangue sous la volonté de sa paupière fauve. Elle hypnotise vos instincts les plus vils, les plus salissants. Et il la regarde de haut, savourant son ascendance, l'observant depuis son trône, rien qu'une écorce aux passions de gibet.

Elle le provoque. Évidemment. Aurait-elle seulement pu répondre de manière décente ? N'est-ce pas son essence intime, que de provoquer les ombres, que se dandiner à la face des brumes ? N'est-ce pas ancrée tout au fond de sa matrice, qu'elle doit ainsi vouer son existence à agiter les démons, en pavoisant sa feinte candeur ? Veragän l'écoute attentivement. Un silence monacal. Elle se tient là, à le dévisager, et la scène semble se figer. Le temps se cristallise. L'atmosphère de fendille, craque. Elle le questionne, et il sourit comme un dément. Un long sourire qui ne déparierait pas chez un alligator. Un sourire aiguisé, méphitique. Un sourire qui semble une fracture sur son visage cachectique, sur ses traits que la psychose a doté d'une lueur presque enfantine.

"J'ai Su que tu étais là. Les Fantômes... Les tiens. Ceux qui se dressent dans ton sillage quand tu remontes une rue, quand tu entres dans un estaminet. Tu es ignorante des mille traces que tu peux abandonner derrière toi... des Indices que tu me jettes en pâture."

Il divague. Il n'a jamais fait que divaguer. Il n'a jamais fait que lever des brumes et les sculpter à son goût. A en faire un royaume.

"Tu n'as jamais cessé. De m'appeler. Je t'Entends. Tout le temps. Chaque nuit. Même le jour. L'abominable jour qui trouble mon assommante Torpeur..."

Télépathe, il semble n'avoir jamais cessé de naviguer dans les eaux troubles de ses pensées rubicondes. Ses pensées à elle. Un paysage fatal, aux reliefs pointus, dans lequel il aime à se fourvoyer, tant elle a le diable au corps, les démons à l'âme. Tant elle a la fièvre de tout.

Il ne descend pas encore. Pas tout de suite. Elle n'attend peut-être que ça. Lui, il a l'impression de se tenir au dessus de l'abîme, au dessus de la grande gueule écumante de crocs d'un Monstre.

"Ne m'as-tu pas appelé ? Tu m'appelles tout le temps. Envers et contre toi."
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Sam 2 Sep - 22:47

Vile petite créature des ombres, que cet étrange être haut perché. Bestiole des tentations, bouffon du Marchant des Sables. Que je t'aime... Que je te déteste. Avec ce sourire de squale.

"Des fantômes? J'ignorais que j'étais accompagnée."

Et pourtant...

Il y a Adalana, la fillette des champs, qui dodeline de la tête quand elle marche. Effrontée souillon, et déjà saphique du haut de ses sept ans, elle écrit des poèmes pour les Naïades de l'étang de son jardin. Le soir, elle chantonne des hymnes morbides pour les macchabées qui hantent déjà ses nuits.

Ragen, lui, a l'accent slave de ceux dont les mains calleuses frottent le poisson pour ôter ses écailles. Ses paumes sont grisées par le travail forcé, les jointures rongées par les dents cariées des clochards qu'il fracasse les nuits du samedi au dimanche pour arrondir les mois difficiles, pour quelques cachetons qui payent le whisky.

Shawn ne parle pas, mais fait bourdonner sa bouche pour couvrir les bruits des abeilles qui font vibrer ses acouphènes quand Papa cogne trop fort.

Jade est la plus bavarde, elle glousse et jacasse en faisant danser les volants de sa jupe, attire les garçons entre ses jambes, leur fait goutter son nectar et les avale les uns après les autres, de leurs crânes ronds aux jointures anguleuses des chevilles. Gloup. Gloup. Gloup. Leurs cris s'étouffent entre ses cuisses grasses, et elle se gausse follement.

Des petits rires virevoltent entre les feuillages. Les ombres frétillent sous des pas qu'ils sont seuls à connaître.

"Et pourtant, tu es venu. J'ai beau perturber tes songes et embourber ton silence, tu rappliques toujours, Vrykolaka."

Revenant, mon beau revenant. Je sais qui tu es, et plus que tout aimerais-je que tu daignes descendre de ton trône pour refroidir l'air autour de moi.

"Ne viens-tu pas me saluer, Veragän? Quel impoli fais-tu, à ne pas embrasser une ennemie de longue date..."

Le bruissement de mes cils fait vibrer le silence d'une caresse satinée. Donne moi un souffle. Reviens moi.


Dernière édition par Louisa von Zerstörung le Sam 2 Sep - 23:32, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Sam 2 Sep - 23:20

Sa voix a une inflexion suave qui porte jusque dans le secret des entrailles. Ses mots écrasent délicatement la pesanteur, se déploient avec tiédeur, nonchalance, insensiblement. Mais Veragän n'est pas dupe. Il voit les charmes qu'elle tisse comme l'argiope minutieuse, il voit clair dans son jeu, son coeur mortelle lui est une eau limpide, le monde de ses pensées lui est un royaume aux portes vandalisées. Il en connait les chemins de traverses, les ombres, les raccourcis, tant il en a arpenté les lacets. Il la connaît, dans ses moindres sinuosités, la serpentine Catin. Bien qu'immobile, au pied de son arbre, il la voit délier lentement des filaments de sortilèges. Et il s'amuse à jouer les figurines de cristal, les anges de Michel-Ange, décalqués sur des dômes de pierre inaccessibles. Il semble paresser, sur sa robuste branche, aussi patient qu'un prédateur.

"Tu reconnais m'avoir appelé, alors ?" Lâche t'il de sa voix évaporescente, une voix qui semble épouser l'haleine pestilentielle de la sylve. "Te sens-tu si seule en ces bois pourtant bruissant de vie... et de mort ? Te sens-tu si seule en ton âme, dans ta pauvre chair fébrile ?"

Créature charnelle, qui déploie ses tentacules et ses ondes tièdes autour elle. Il la voit nimbé d'un halo aux couleurs chatoyantes, au coeur d'une énergie pure et pressurisée, qui ne demande qu'à suinter de sa peau laiteuse. Depuis son perchoir, il lui coule un regard ou perle comme une sorte de dégoût, matiné de colère. C'est un sentiment ambigu, qui pétrit ses entrailles à la vision de la gourgandine.

"Te saluer... Louisa..." Il minaude. A son tour. "S'est-on jamais quitté ?" Lâche t-il, arborant une indifférence qui tranche terriblement avec le sens de ses mots. "M'as-tu déjà laissé sortir de l'empire de tes pensées ?" Son regard s'est appesanti sur un rameau, tordu comme les griffes d'une sorcière. "Bien sûr que... Non."

Et puis soudain, il disparaît. Il disparaît de la branche qui lui servait de trône, contre laquelle il se lovait comme un démon de Minuit au creux de son croissant de lune. Soudain, il n'y a plus de fantôme. Il n'y a plus d'arbre. Soudain la brume se lève et engloutit chaque baliveau, chaque particule de l'humus dans ses écharpes diffuses. Soudain, même l'odeur du tanin et de la chlorophylle s'évapore. Autour de la gourgandine, le monde s'est réduit à un horizon encombré, ployant sous des brumes lourdes et tépides. Soudain, elle ne peut plus voir à plus de deux foulées devant elle. Soudain, elle peut sentir une présence qui rôde, et qui l'approche furtivement, jamais là où elle peut s'attendre. A peine a t'elle le temps de se retourner que la présence s'est dissipée aux quatre vents. Il pourrait jouer à ce petit jeu jusqu'à lui infliger le vertige, jusqu'à bouleverser son frêle équilibre et l'observer tomber dans les bras du vide. Autour d'elle, le brouillard s'anime de pans épais, se peuple de volutes, d'entrelacs et de vagues terribles.

"Et puis... Une ennemie ?" Et la voix du maître des Fantômes résonne comme si la forêt s'était muée en une crypte titanesque, en un caveau, en l'antichambre des enfers. Des échos de corbeau coassant. "Une ennemie. Une ennemie..." Il répète ces mots, comme pour en capturer le sens caché. "Qu'est-ce qu'un ennemi, Louisa ?"
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Sam 2 Sep - 23:58

Et soudain, le vide. Plus de lueur nocturne, plus de bruissement. Plus de présence spectrale agrippée aux bras frêles de sciure morte.

"Ah, si tu savais... Nous, misérables humains, ne sentons rien qui vit dans cette mer d'arbres, V. Pas de vie, et encore moins de trépas. Juste... du vide. Tellement oppressant qu'il fait bourdonner nos oreilles."

Sur ces mots, les dernières particules d'air semblent s'évaporer. L'oxygène a disparu. Les illuminations ne sont plus. Quelque chose a changé ; une purée de pois se forme et enlace dans ses effluves toute trace de ténèbres. Il est là et nulle part en même temps. Je sens son odeur de mort tournoyer dans mes cheveux, se faufiler dans mes narines. Le fumet de souffre des ectoplasmes me pique les yeux et tords ma gorge. J'ai froid, j'ai mal, je me sens bien ; mes doigts se tendent devant moi, et mes phalanges disparaissent au bout de mon bras. Partout. Nulle part. Il me caresse, il me déteste. Il m'embrasse et m'embarrasse d'un art que lui seul maîtrise, fait rougir mes joues d'une teinte carmine.

Je ferme les yeux. M'aimeras tu toujours quand je ne serais plus jeune et belle? Me tourmenteras-tu toujours quand les années auront emporté ma naïveté, quand seuls mes cheveux poivre et sel pourront me rappeler qu'un temps, je fus profane?

Sous le rideau de mes paupières, je sens la force de ses bras maigres. Par delà la chair de la vue se dessine un torse famélique, une gorge malade. Entre les effluves d'agonie se dresse sa peau de glace, et je me surprends à ouvrir encore plus mes bras pour accueillir son accolade morbide. Comme cette nuit d'hiver où sa présence jouait de chaque espace de mon cerveau, toxicité en expansion, suicide en cours, agonie en double appel. Quand ne résonnait dans mon crâne migraineux que son prénom, au rythme des coups de bélier.

Les terminaisons de mes doigts me brûlent, le vertige tonne entre mes tempes. Délétère spectre, folie douce. Je laisse mon dos s'adosser contre le bois et les racines deviennent siège. Salopard de squelette, Ma Maladie.

"Une ennemie, c'est mon rire qui te sors de l'outre-tombe quand tes démons jouent de l'accordéon dans ton alcôve."

Sourire de serpent.

"Une ennemie, c'est la trace de ma peau gravée au fer rouge sur ta cage thoracique, c'est mon souvenir dans chacune de tes ténèbres."

Ongles qui raclent les témoins de la forêt.

"Une ennemie... C'est mon sang qui pulse dans ton corps cadavérique dès que tes pas frôlent terre. Pour toujours."
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Dim 3 Sep - 0:32

Les brumes se jouent de son corps. Son corps se joue des brumes en retour. C'est un terrible jeu, un foxtrot inlassable, une collision des provocations, deux auras télescopées. Marionnettiste, Veragän ne fait qu'observer d'un oeil lointain la chorégraphie aveugle de la Mortelle, qui navigue dans ses brouillards opalins comme une sirène dans ses abîmes coutumières. Elle le connaît. Elle devine que chaque particule, chaque poussière étincelante à composer le brouillard vient de lui, fait partie de lui, et elle s'en amuse effrontément. Impudique. Danseuse. Charmeuse de cadavre. Joueuse de flûte stridente, assourdissante.

"Ce doit être terrible, une telle solitude. Un tel désert. Ce doit être une mort avant la mort." Se lamente t-il, et sa compassion est une fausseté insultante, moqueuse.

Elle continue de déambuler dans ses rets, dans ses filets de brumes, dans les volutes blanches, dans les arabesques fumeuses. Elle y esquisse quelques pas hasardeux, et ses doigts brassent du vent. Lui voit. Lui la voit. Avec une acuité terrible. Il la voit avec une précision enchanteresse. Il distingue son cil hésitant, le grain de sa carnation hérissée par la froidure de la forêt, la pulpe de ses lèvres aux imperceptibles remous qu'attisent une tension profondément enracinée. Il est si proche d'elle qu'il entend les plissures de sa jupe de cuir, qu'il perçoit le craquement des feuilles sous son pied, qu'il entend son pouls frénétique aussi distinctement que s'il s'était agi du sien, que s'il était Vivant. Vivant, lui. Il ne l'a jamais été. Il n'est qu'un fantôme. Que l'ombre d'une bête rôdant sur le monde, sur la pensée humaine, sur les cauchemars, sur les illusions des fous.

Il l'écoute alors qu'elle lui égraine, presque à l'oreille, sa description de l'ennemie. De l'antagoniste. Encore des provocations éhontées. Elle ranime subtilement les foyers incendiaires de leurs rencontres déchues. Elle tisonne des souvenirs sensitifs, qu'il a éteint en s'empêchant de penser. Elle souffle sur des braises qu'il aimerait cendre, poussière, obscurité dans l'univers. Alors, il l'attrape à la gorge. Ses doigts osseux agriffent la chair tiède de sa gorge, ou palpitent de concert jugulaires et carotides comme autant d'instruments à vent, comme autant d'instruments à sang. La horde de ses fantômes s'est dissipé. Ne reste que lui, au cœur de son royaume aux brumes boursouflées. Ne reste que lui. Et qu'Elle.

"Et que fait-on. Aux ennemis. Que leur fait-on ?" Articule t-il, et chaque syllabe lui écorche la langue. Et dans son sang noir semble voyager une pulsion entretissée de haine et... d'autre chose. "C'est dangereux... que de s'attiser les foudres des Morts, qui sont déjà morts. Des fantômes, qui ont déjà répudié le monde. Tu as tant... à perdre. A sacrifier." Ses yeux au bleu céruléen la foudroient.
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Dim 3 Sep - 1:05

Kuebiko - un stade d'épuisement dû aux actes de violence inouïe, qui force à ré-examiner sa vision de ce qui advient du monde - revoir ses attentes, éloigner les vérités invasives, se transformer tel un vieil épouvantail, violemment exposé aux déceptions, mais inapte à faire quoi que ce soit d'autre que rester là, silencieux observateur.

Tel un soupir, ma voix brise les effluves spectrales.

"Pire que cela. On veut fuir le trépas, mais il ne fait que s'ancrer dans la chair. Déplorable, je l'admets."

Doucement, la fumée s'estompe, me laisse seule parmi mes étouffantes ombres. Je sais qu'il déteste quand je m'amuse à lui rappeler nos souvenirs. Car ils ne sont pas seulement miens, loin de là. De la froideur de coton de mes draps, j'ai entendu sa voix marmonner : "Vas-t-en, Catin, vas-t-en!", et j'admets m'être délectée de sa colère, de ses jurons russes s'échappant de l'au delà. Chaque Idi Nahui! vociféré au vent réchauffait mes deux hémisphères palpitants comme une braise. Et pour toutes les nuits où la Bile Noire s'emparait de mon âme, je fermais les yeux, dessinait ses paumes osseuses sur mon visage et son regard froid, implorait dans un susurrement son nom. Preuve en est qu'il m'entendait.

Et quand ses doigts enserrent ma gorge, je pourrais jurer que les secondes cessent de s'écouler, que la lune est sur le point d'imploser. Une acclamation surprise s'échappe de mes lèvres ; je ferme les yeux l'espace d'une seconde pour m'échapper dans un fantasme, osé mais joli.

"Les insolents, on les punit... quand on est un homme. J'emmerde tes morts, Revenant."

Je le toise d'un regard, le défie d'une œillade. Je tends mon visage vers lui, laisse ma bouche fondre sur la sienne. Et de mes dents audacieuses, emprisonne ses lèvres sèches. La mâchoire joueuse ferme ses serres pâles dans un sourire, crie au sacrifice d'une poigne impétueuse. Se retire à peine, et laisse choir... une goutte de son propre sang.
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Dim 3 Sep - 11:34

Oui, déplorable, le regard sans lueur qu'il porte sur elle le lui confirme. Du reste, tout ce qui s'apparente à la vie apparaît comme déplorable aux yeux du maître Illusionniste. Il ne peut s'empêcher de voir les vivants comme des agglomérats de cellules bruissantes, proliférantes, parasitées de pensées triviales qui les éloignent tant de la pureté obsidienne du Chaos. Il ne supporte pas, cette manie chez les vivants que de s'accrocher piteusement à tout ce qui peut leur permettre de subsister, de vivoter quelques heures de plus. Cet égoïsme minable et à l'envergure lâche.

Elle s'accroche à lui. Comme si en dépendait sa survie. Alors qu'il lui a prouvé par le passé être capable d'infamies, de violences et de taillades à son égard. Elle s'accroche à lui malgré les osselets de ses doigts, de ses phalanges qui poinçonnent ses chairs palpitante. Sa gorge chanteresse. Elle s'accroche et se pâme. Un nymphe à l'abandon. Elle s'accroche aux reflets mercuréens de la Mort, qui miroitent dans les yeux blêmes du fantôme comme d'autres vivants s'accrocheraient à la vie. Elle marche à contrepied des vivants. L'humanité qui fait palpiter son coeur a quelque chose de contre nature, tant son essence intime appelle les ténèbres. C'est sans doute dans l'alchimie des contraires, de l'impossible, que naît cette beauté impie, qui glisse entre ses brumes avec la nonchalance d'une pirogue.

"Je ne suis pas un homme." Répond le Fantôme sans ambages, et ses yeux vitreux la harponnent, la traversent, la perforent. "L'homme est Mort. Il y a... Longtemps. Sur un... bûcher. Il ne reste rien. La chair calcinée est devenue blanche... Immaculée. Froide." Il divague terriblement, dangereusement. C'est étrange, et cela fait longtemps, qu'il n'avait pas laissé filtrer quelques éléments de son Histoire engloutie, de l'Atlantide de sa vie d'antan. Il s'en rend à peine compte. Occupé à maintenir sa prise. Rapace. "Je ne suis pas un Revenant. Je ne suis jamais revenu de nulle part." Chaque pas esquissé dans la folie ne saurait souffrir volte face. Chaque marche descendue dans l'obscurité ne l'a jamais vu revenir sur ses pas. Rien que le souvenir en lui-même est un obstacle à cette infernale immersion dans la blanche psychose qui est sienne.

Un goût de ferritine, à son palais. Le contact tiède de ses lèvres dont la pulpe juteuse pressent les siennes, froides comme le marbre d'un catafalque. La fragrance rouge envahit son palais. Un bouquet de parfums capiteux. Un arôme hérétique qui infiltre lentement sa chair. Un arsenic à l'éclat de rubis qu'elle coule en lui, par le calice de ses lèvres en feux. Les os de ses doigts ont quitté sa gorge, mordent ses reins, s'enfoncent dans l'arrondi de ses hanches. Lui aussi, il s'accroche à elle. Pour ne pas défaillir alors qu'elle attise la soif d'un Monstre, qu'elle s'offre en sacrifice, qu'elle devient Ordalie. De sa langue de serpent, il infiltre sa bouche obscène, vient cherche la petite plaie qui suinte la sève pourpre. Il goûte l'ivraie haïssable de ses sens les plus viciés. Une pulsion violente lui déchire les muscles. Il la repousse devant lui, avec une brutalité qui bâfre le dos de la Catin contre le tronc immémorial d'un arbre prêt à se faire le témoin d'une nouvelle barbarie. Elle est acculée, coincée, entre son squelette claquant et l'écorce indifférente. Ses mains ont gravi ses hanches, enserre le goulot de sa taille. Ses lèvres s'arrachent des siennes, et leurs sens hurlent aux abois cette fusion déchiquetée. Il cherche son Sang. Celui qui torrente dans sa gorge, celui qui psalmodie la folie furieuse de la Vie en danger. Il vient flairer en prédateur le creux de son cou, ou rugissent en choeur le bouquet de ses artères. Une canine égratigne la blancheur laiteuse de son cou, y fait perler trois gouttes d'incarnat.
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MessageSujet: Re: Can you hear the rumble that’s calling?   Dim 3 Sep - 12:14

Tu étais la plus belle peinture de la galerie d'arts
Mais ils ne te voyaient pas
Car ils avaient les yeux fermés


Au travers de ses lèvres cadavériques, il me semble que pointe l'odeur du bois brûlé, de l'autel détruit par les flammèches. Les croyances flambent, le prêtre supplicié débite un dernier poème au pied du pyrée. Les mots du Notre Père volent avec les cendres et je perçois son corps maigre briller d'un feu insolent. Church Burner.

Je sens ses doigts faméliques redessiner mes hanches avec virtuosité ; il redécouvre, retrace de l'index des rondeurs, s'y accroche. Mon palpitant se plaque dans ma poitrine et retient son battement. Et quand sa langue se glisse dans ma bouche, j'ai le myocarde qui s'affole, fait trembler mes membres. Rythme erratique, ensorcelant tressaillement. La communication se fait désormais par nos lèvres entremêlées, se laissant aller aux flots destructeur de notre perverse symbiose. Comment un être aussi glacial que le Sire Funéra peut-il me rendre aussi... incandescente?

La chair de mon échine s'indigne quand elle se heurte au bois irrégulier de la forêt. Ma tête cogne contre le tronc et me fait voir des étoiles pâles pendant l'espace d'une seconde. La révolte ne dure pas, car déjà ses paumes rejoignent mes reins et s'y glissent. Ses narines frôlent ma gorge à la recherche d'un fumet rougeâtre , sa canine déchire dans une caresse mon épiderme. C'est à peine si je sens quelques gouttes perler : il s'est fait gourmet. Mais il n'y en a pas assez. Jamais trois petites larmes ne suffiront, ce ne serai qu'un piètre cadeau de retrouvailles.

Mes mains se plaquent contre ses épaules faméliques, que ma poigne possède entièrement sans effort. Les paumes prennent place, entièrement. Et je referme mes serres. Les ongles s'enfoncent dans la charogne sans laisser de traces, puis s'enfuient. Et reviennent. Et se relâchent. Pétrissent la viande morte d'un ectoplasme. Je laisse glisser mes griffes le long de ses omoplates, naviguent dans son dos. Il me semble déceler le courant frigorifié d'un frisson quand j'effleure le bas de sa colonne, sous le tissu, quand je réchauffe mon beau cadavre. Je me laisse aller à caresser du creux de mes mains ses fesses, et m'enfuie dans l'herbe morte qui tapisse le sol. Et continue à refermer mes paumes, les ré-ouvrir, les refermant. Jouant d'un rythme régulier et pulsé.

"Abreuve toi, Sirène. Vole moi de la force, j'ai un cadeau pour toi.", dis-je en croisant les doigts de ma main gauche entre les siens.
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